École, écologie, politique… Comment les Français voient leur pays

Introduction

On trouvera ci-dessous un article récent du journal « Le Point », lui-même commentant un sondage paru au début du mois de septembre dans l’hebdomadaire « Challenge ». L’échantillon a été interrogé sur les inquiétudes principales des Français, réparties en 13 sujets avec 4 réponses possibles : « Vous inquiète beaucoup » ; « Vous inquiète plutôt » ; « Ne vous inquiète plutôt pas » ; « Ne vous inquiète pas du tout ».

L’illustration ci-dessus donne la synthèse des réponses. Et le résultat est (presque) complètement à rebours de la France présentée dans les discours de l’extrême-droite : le dérèglement climatique apparait comme l’inquiétude numéro 1. En second – question posée aux parents uniquement – l’avenir des enfants, avec en corollaire l’école dont le niveau est, lucidement, considéré en sérieux déclin. Par contre, les « scies musicales » jouées par Eric Zemmour devant des auditoires captivés – islam, immigration – ne sortent qu’en 10ème et 13ème place.

Par contre, et pour être parfaitement exhaustif, le terrorisme et la délinquance apparaissent aux troisième et quatrième place. Des sujets plutôt mis en avant par la Droite et l’Extrême-Droite, et qui sont des préoccupations légitimes même s’ils ne doivent pas occulter le reste. Enfin, et bien sûr, ce sondage avait été fait avant la forte hausse des prix de l'essence et de l'énergie, et il est clair que l'inquiétude pour le pouvoir d'achat reviendrait maintenant en tête des préoccupations des Français : mais, à nouveau, ce ne fait pas partie du répertoire favori de Zemmour.

Jean Corcos

 

Inquiets, mais ni en colère ni profondément divisés. « Challenges » révèle un sondage exceptionnel qui dresse un portrait inattendu de la société française.

Les Français en colère ? Résignés ? On pourrait les croire profondément divisés après un quinquennat marqué par des manifestations de colère, des Gilets jaunes aux antivaccin et anti-pass sanitaire… Il n’en est rien. Un sondage exceptionnel – plus de 10 000 personnes interrogées – réalisé par Harris Interactive* et publié par Challenges ce jeudi 2 septembre balaye de nombreuses idées reçues sur l’état d’esprit des Français, et leurs priorités pour le pays.

« C’est une nation raisonnable, un peuple lucide qui se dévoile », analyse Emmanuel Macron, invité à réagir à cette enquête, inédite par son ampleur, dans les colonnes du magazine. Un peuple lucide « sur les difficultés auxquelles fait face le pays », lucide « sur les transformations à mener pour relever ces défis ». Les Français ne sont pourtant pas tendres avec leurs élus : 60 % d’entre eux pensent que les politiques contribuent au déclin de la France, 12 % seulement qu’ils participent à son progrès. Ambiance.

L’écologie, préoccupation majeure

C’est que les politiques passent à côté des principales préoccupations de leurs concitoyens. Le dérèglement climatique et l’avenir de leurs enfants – pour ceux qui en ont – sont ainsi les sujets qui inquiètent le plus les personnes interrogées, à 84 %, devant le terrorisme (83 %) et la délinquance (82 %). À l’inverse, des sujets souvent placés au centre du débat politique – et médiatique – ne sont clairement pas la plus grande source d’inquiétude pour les Français (les impôts n’arrivent que 7e, le pouvoir d’achat 9e, l’immigration 13e…) ni une priorité. Si la réduction du chômage est la priorité n° 1, citée par deux tiers des sondés, la meilleure maîtrise de l’immigration n’en est une que pour 53 % d’entre eux.

Et sur leur sujet de préoccupation majeure, l’écologie, les Français considèrent que leurs dirigeants sont loin d’être à la hauteur. Près des deux tiers pensent que les pouvoirs publics n’agissent pas assez en faveur de l’environnement. Un avis plus marqué à gauche (80 %), mais tout de même partagé par plus d’un sympathisant de droite ou d’extrême droite sur deux. Même chez les électeurs d’Emmanuel Macron, qui vante pourtant son bilan sur l’écologie, ils sont 60 % à trouver la politique menée en la matière trop molle. « De Mélenchon à Le Pen, ce sondage doit interpeller tout le monde », résume Claude Perdriel, directeur de Challenges.

Les Français portent aussi un jugement sévère sur l’école : la moitié d’entre eux estiment que le système éducatif actuel participe au déclin du pays, à peine un quart qu’il contribue au progrès. Le premier marqueur du déclin cité par les sondés est d’ailleurs l’abaissement du niveau scolaire des élèves. Investir dans l’école et la formation est ainsi une priorité pour 62 % des personnes interrogées.

Malgré tout, s’ils sont inquiets (à 53 %), les Français ne se disent pas majoritairement en colère (seulement 34 %). Les deux tiers sont satisfaits de leur niveau de vie actuel, 84 % sont fiers de leur travail et 75 % pensent même que leur emploi est utile à la société. « On n’a pas trouvé cette France fracturée, opposée ou en colère qu’on nous décrit souvent », décrypte Jean-Daniel Lévy, directeur délégué de Harris Interactive.

Fausses croyances sur les aides et les impôts

Loin des antivaccin qui ont pris beaucoup de place ces derniers mois, la société croit au progrès – 85 % le voient comme une bonne chose –, notamment au progrès scientifique et aux avancées médicales (78 %). À l’inverse, le géant Amazon, qui a démocratisé le commerce électronique et la livraison rapide à domicile, n’est pas perçu comme un progrès. En revanche, les chefs d’entreprise, les citoyens et les associations sont, dans l’esprit des Français, majoritairement associés au progrès.

« On était étonnés de voir que jeunes et vieux, riches et pauvres, Parisiens et provinciaux, pensent finalement souvent pareil, note Ghislaine Ottenheimer, rédactrice en chef de Challenges. Certains sujets comme l’immigration sont clivants, mais on a vu une France très cohérente. » Des Français « lucides », comme l’écrit Emmanuel Macron, à un détail près, selon elle : « Seulement 10 % des Français pensent qu’ils paient moins d’impôts qu’ils ne reçoivent de l’État. Les études montrent pourtant que cette proportion se situe plutôt autour de 50 % ! Il y a un vrai travail à faire sur ce point-là. »

Ce sondage titanesque du cœur des Français, cela faisait longtemps que Claude Perdriel rêvait de le faire. Et il ne le regrette pas. « Dans une époque où, quand 5 % de la population manifeste son mécontentement, on a l’impression que tout le monde pense comme ça, on redécouvre que les Français ont une vraie générosité et une grande lucidité. » En lisant cette enquête, aucun doute pour le directeur du magazine : « Ils sont sympas, ces Français ! »

Thibaut Déléaz

Le Point, 1er septembre 2021

*Sondage Harris Interactive pour Challenges, réalisé du 19 au 26 juillet auprès d’un échantillon de 10 001 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

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