51 semaines de prison pour avoir manifesté ? La Grande-Bretagne devient doucement un État policier

51 semaines de prison pour avoir manifesté ? La Grande-Bretagne devient tout doucement un État policier.

Article de Georges Monbiot pour The Guardian.

“Ce sont des choses qu’on attendrait d’un état policier. Les amendements de dernière minute apportés par le gouvernement au projet de loi sur la police, la criminalité, les peines et les tribunaux sont une tentative flagrante d’étouffer les protestations, comme on pourrait s’y attendre en Russie ou en Égypte. Priti Patel, le ministre de l’Intérieur, a inséré 18 pages supplémentaires dans le projet de loi après son adoption par les Communes et après la deuxième lecture à la Chambre des Lords. Cela ressemble à un stratagème délibéré pour détourner l’attention du Parlement. Pourtant, dans la plupart des médias, il y a un silence assourdissant.

Parmi les nouveaux amendements figurent des mesures qui interdiraient aux manifestants de s’attacher à une autre personne,( comme Extinction Rebellion formant une chaîne humaine) à un objet ou à un endroit. Non seulement ils rendraient le verrouillage – un outil crucial de protestation dans le monde entier – illégal, mais ils sont sciemment si vaguement rédigés qu’ils pourraient s’appliquer à toute personne s’accrochant à n’importe quoi, sous peine d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 51 semaines.

Il deviendrait également une infraction pénale d’entraver de quelque manière que ce soit l’exécution de grands travaux de transport, encore une fois avec une peine maximale de 51 semaines. Cela ressemble à une tentative de mettre fin à une protestation significative contre la construction de routes et l’expansion des aéroports. D’autres modifications élargiraient considérablement les pouvoirs d’interpellation et de fouille de la police. La police aurait le droit d’arrêter et de fouiller des personnes ou des véhicules s’ils soupçonnent qu’ils pourraient transporter tout article qui pourrait être utilisé dans les manifestations nouvellement interdites, y compris vraisemblablement des pancartes, des dépliants et des banderoles. D’autres nouveaux pouvoirs accorderaient à la police le droit d’arrêter et de fouiller des personnes sans soupçon, si elles pensent que des manifestations auront lieu « dans cette zone ». Quiconque refuse d’être fouillé pourrait être emprisonné – vous l’aurez deviné – jusqu’à 51 semaines

Les pouvoirs d’interpellation et de fouille existants sont utilisés de manière disproportionnée contre les Noirs et les personnes de couleur, qui sont six fois plus susceptibles d’être interpellés que les Blancs. Les nouveaux pouvoirs créeraient une dissuasion encore plus grande pour les personnes de couleur à manifester. Ensuite, les médias peuvent continuer à critiquer les mouvements de protestation pour être massivement blancs et non représentatifs.

Peut-être le plus scandaleux, les amendements contiennent de nouveaux pouvoirs pour interdire aux personnes nommées de manifester. Les arguments sont extraordinaires et terrifiants, dans une nation qui se veut démocratique. Nous pouvons être hors la loi si nous avons déjà commis des « délits de protestation ».

Grâce aux mesures draconiennes du reste du projet de loi – dont beaucoup sont antérieures à ces amendements – il sera désormais difficile d’assister à une manifestation sans commettre d’infraction. Ou nous pouvons être hors la loi si nous avons assisté ou « contribué à » une manifestation qui était « susceptible d’entraîner de graves perturbations ». Une perturbation grave, dans l’état actuel du projet de loi, pourrait signifier presque n’importe quoi, y compris être bruyant. Si vous publiez quelque chose sur les réseaux sociaux qui encourage les gens à se réunir , vous pourriez vous retrouver sur la liste.

Toute personne soumise à l’une de ces ordonnances, comme un détenu en liberté conditionnelle, pourrait être tenue de se présenter aux autorités à « des heures particulières certains jours ». Il peut également vous être interdit de vous associer à des personnes en particulier ou d’« utiliser Internet pour faciliter ou encourager » une « infraction liée à une manifestation ».

Ce sont les pouvoirs utilisés par des dictateurs. Le pays devrait être en ébullition à ce sujet, mais nous entendons à peine un couinement. Les manifestants de Kill the Bill ont vaillamment essayé d’attirer notre attention sur la manœuvre de ce tyran et ont été diabolisés et pour l’avoir fait. Sans eux , vous sauriez à peine ce qui se passe.

La protestation est une contre mesure essentielle aux erreurs du gouvernement. S’il n’y avait pas eu les tactiques que Patel cherche maintenant à interdire, le programme de construction de routes inutile et destructeur que le gouvernement a commencé au début des années 1990 aurait continué : finalement, le gouvernement de John Major a reconnu qu’il s’agissait d’une erreur et l’a abandonné.

Mais l’administration de Boris Johnson cherche à s’assurer que nous ne pouvons rien faire pour l’arrêter.

Le gouvernement sait que ces nouveaux pouvoirs sont illégitimes, sinon il n’aurait pas essayé d’éviter que le parlement soit examiné. Ces amendements brutaux s’ajoutent aux autres attaques de Johnson contre la démocratie, telles que l’exigence proposée pour l’identification des électeurs, qui pourrait dissuader 2 millions d’électeurs potentiels, dont la plupart sont pauvres et marginalisés ; la réduction prévue de la Commission électorale ; l’assaut contre les droits des citoyens pour contester juridiquement la politique gouvernementale ; et les « ordres civils » proposés qui pourraient voir les journalistes traités comme des espions et interdits de rencontrer et interviewer certaines personnes et de visiter certains endroits.

Alors où est tout le monde ? Pourquoi cela ne fait-il pas la une des journaux ? Pourquoi ne sommes-nous pas dans les rues par millions, pour protester tant que nous le pouvons encore ? Nous utilisons nos libertés ou nous les perdons. Et nous sommes très près de les perdre.”

George Monbiot est un chroniqueur du Guardian.

https://www.theguardian.com/commentisfree/2021/dec/01/imprisoned-51-weeks-protesting-britain-police-state

Traduction : Murielle STENTZEL.

NDLT : Pendant qu'en France, certains sont dans les rues depuis 4 ans tous les samedis en hurlant à la dictature, en menaçant de mort les élus, en les insultant etc, au Royaume Uni, pourtant toujours une démocratie à ce jour, les droits sont en train d'être érodés tranquillement, et cette loi sur le droit de protester est créée justement pour empêcher les gens de descendre dans la rue et de manifester. A titre personnel, j'ai un ami qui est devant le Parlement Britannique tous les jours ou presque,  depuis le référendum sur le Brexit, et il voit de plus en plus la police s'intéresser à lui, alors qu'il ne fait que dérouler des bannières devant le Parlement. La semaine dernière, des voitures de police sont arrivées, des policiers lui ont confisqué ses banderoles et les ont embarquées sans un mot, et lui ont dit de partir sinon...

Il est une épine dans le pied du Gouvernement Tory depuis quelque temps, et cette loi va leur permette de le réduire au silence. Son nom est Steve Bray, Mister anti Brexit.

https://www.standard.co.uk/news/politics/stop-brexit-steve-bray-silenced-protest-policing-bill-sadiq-khan-b925183.html

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