Le mythe de l’impopularité d’Emmanuel Macron

C’est en discutant avec un ami, également rédacteur sur Résistance aux extrémismes, que j’ai eu l’idée de cet article. “Mais comment, demandait-il, dans l’élection à venir, face à l’extrême-droite, Emmanuel Macron pourra-t-il surmonter son impopularité ?” Une question qui l’inquiétait, et qui en effet pourrait être angoissante… si cela correspondait à une réalité.

Essayons de quitter le niveau des discours militants, avec leur dose inévitable de déformation intéressée, pour regarder les faits concrets, observables, et si possible quantifiables.

Un premier élément incontournable est fourni par l’abondance des sondages de popularité engrangés depuis l’élection présidentielle de 2017, et que Wikipédia a compilés et enregistrés. On voit qu’ils partent de haut, chutent brusquement fin 2018 lors de l’épisode “gilets jaunes”, puis remontent peu à peu, avec une accélération à partir de mars 2020. L’effet Covid est passé par là. Depuis quelques mois, ils s’établissent autour de 40% d’approbation en moyenne, ce qui n’est pas mal pour un président de la Ve République en fin de mandat. Comparer avec François Hollande, qui avait atteint un taux de satisfaction à un chiffre en octobre 2016 et une popularité inférieure à 20%… Quant à Nicolas Sarkozy, à la même époque dans son mandat, il enregistrait autour de 25% d’approbation.

 

courbe de la popularité d'Emmanuel Macron, de 2017 à 2021, moyenne des sondages
Popularité du président Macron : moyenne des sondages

Bref, s’il y a des opposants à la politique d’Emmanuel Macron (ce qui est normal en démocratie), et même des oppositions virulentes, on ne doit pas oublier qu’il y a aussi beaucoup de gens qui voient en lui un dirigeant efficace, fiable, qui a protégé le pays pendant la crise pandémique et ses séquelles économiques.

N’oublions pas non plus que dans les 60% qui disent ne pas approuver le président, il n’y a pas que du rejet viscéral, mais aussi du simple désintérêt, ou une préférence pour une autre famille politique. Il suffit de voir l’évolution des tentatives de mobilisation autour du passe sanitaire, ou de relancer les “gilets jaunes” à la faveur de la hausse des prix : au bout de quelques semaines, on est passé de 200 000 à moins de 30 000 manifestants le samedi. (L’existence de ces manifestations récurrentes est en elle-même un signe de malaise dans une frange de la population, mais rien à voir avec d’autres mouvements réellement de masse : loi Travail, CPE, etc. Et surtout on ne voit pas le même phénomène qu’au début des “gilets jaunes”, qui recueillaient une assez haute approbation dans les sondages malgré la violence de leurs actions. Les anti passe, au contraire, se sont dès le début trouvés en minorité.)

Un autre élément tangible, devenu même si banal qu’on finit par l’oublier : les allocutions du président à la nation sont très attendues (supputations de ce qu’il va dire plusieurs jours auparavant), très suivies (environ 20 millions de téléspectateurs à chaque fois), très commentées, et les mesures annoncées reçoivent une assez large approbation. Seul le fait de conditionner le passe sanitaire à un rappel de vaccin, pour les plus fragiles, reste à 50/50.

Mieux encore : les gens ne font pas qu’écouter, ils agissent. Après l’allocution du 12 juillet 2021, la campagne de vaccination, qui commençait à ralentir, a fait un bond, et a connu tout l’été un rythme soutenu. Cela a permis d’atteindre 50 millions de primovaccinés en septembre, améliorant sérieusement la couverture vaccinale de la France.

Cette fois-ci, avant même l’allocution du 9 novembre, on a enregistré une hausse des prises de rendez-vous pour la dose de rappel du vaccin, qui faisaient partie des mesures préconisées par le monde médical. Après le passage à la télé, nouvelle ruée sur les vaccins. On ne s’en plaindra pas.

Ce n’est pas tout. Aux chiffres, on peut ajouter les images : à chaque déplacement en France, comment est accueilli le président ? Pas d’indifférence ni de franche hostilité. Les vidéos sont nombreuses sur internet, car Emmanuel Macron a toujours beaucoup pratiqué le bain de foule, sans barrières, ce qui doit mettre sur les dents la sécurité. On a tous vu ces séquences d’un président enchaînant les selfies, répondant aux interpellations, parfois remercié, parfois chahuté, s’arrêtant plus longtemps avec les enfants ou les vieillards, visiblement intensément dans le moment présent.

 

Et ce qui est intéressant, c’est qu’on peut compter sur les doigts d’une main les vrais gestes de haine : ici une gifle, là un œuf, peu de choses au fond. On est loin  de l’image du président “terré à l’Élysée” que certains opposants aimeraient bien imposer.

Bref, la frange viscéralement anti-Macron n’est pas la majorité, loin de là, même si elle fait beaucoup de bruit sur les réseaux sociaux et sur certains ronds-points. Et si une élection n’est jamais gagnée d’avance, le président peut compter sur un socle d’approbation solide, et la gratitude de beaucoup de citoyens et citoyennes ordinaires qui l’ont vu à l’œuvre avec le Covid, et lui font confiance pour affronter les secousses à venir avec le changement climatique. Et à moins d’être totalement déconnecté du monde, on sait qu’il y en aura.

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