Témoignage : quand la droite préférait les ghettos ethniques aux banlieues rouges, par Mike Bresson

Mike Bresson (@Mike_Bresson sur Twitter) est un militant macroniste de la première heure et élu municipal LREM qui connaît bien les départements de la petite couronne en région parisienne. Il a accepté de répondre à nos questions.

Question : Tout d’abord, quelle a été votre expérience locale ? Et à quelle époque ?

Mike : J’étais en poste à Nanterre, dans les Hauts-de-Seine, de 1977 à 1983, et j’avais en charge l’élaboration des documents d’urbanisme d’une partie importante du département à l’époque où cette compétence était exercée par l’État. Il s’agissait de définir, sur chaque commune, la destination des terrains en matière de construction, au travers de l’ancêtre des Plans Locaux d’Urbanisme, ce que l’on appelait les Plans d’Occupation des Sols.

Question : De quels territoires parlons-nous ? La fameuse « ceinture rouge » ?

Mike : L’expression « ceinture rouge » désignait depuis les années 1920, l’ensemble des villes communistes de la petite couronne autour de Paris. Des centaines de milliers de banlieusards vivaient ainsi autour de Paris dans des lotissements défectueux, mal desservis au point que les mairies communistes lancèrent de vastes programmes de politiques sociales et de constructions de logements collectifs à loyers faibles qui deviendront plus tard les HLM. Après la Libération, ces programmes de logements se développent et l’emprise du PCF s’accentue dans les banlieues où il détient plus de la moitié des mairies.

Question : Quel effet a eu la réforme de la région parisienne de 1964 ?

Mike : Cette réforme qui a redécoupé les départements de la Seine et de la Seine-et-Oise visait à fractionner cette ceinture rouge autour de Paris. Un fief communiste fut concédé dans le 93 (Seine-Saint-Denis) mais en isolant les communes communistes restantes dans les départements 92 (Hauts-de-Seine) et 94 (Val-de-Marne). Toutefois, cette stratégie connut un demi échec puisque le département 94 tombait aux mains du PCF dès les élections cantonales de 1964 et le restait en 1967. L’apogée du communisme municipal est alors atteint après les élections municipales de 1977 qui voit 54 communes de la petite couronne dirigées par le PCF.

Question : C’est aussi l’époque où l’immigration, en particulier en provenance du Maghreb, est devenue massive ?

Mike : Oui, dès la fin de la guerre d’Algérie, sous l’impulsion du patronat français, une vaste vague d’immigration est venue impacter les principales régions industrielles de France, alors grandes pourvoyeuses d’emplois. L’objectif étant bien sûr de disposer d’une main-d’œuvre bon marché pour répondre aux besoins de l’industrie française qui vivait alors un véritable boom économique. De nombreux logements furent construits pour accueillir ces populations nouvelles, principalement dans les banlieues des grandes villes qui virent ainsi fleurir de vastes programmes d’immeubles collectifs. Paris n’échappait pas à cette règle et c’est bien sûr la petite couronne qui vit principalement arriver cette population immigrée (départements 92, 93, 94).

Question : On entend parler de remplacement de population. De quoi s’agissait-il ?

Mike : La stratégie était assez simple. Lorsque l’État en avait la compétence, avant que les lois de décentralisation de 1983 ne trouvent toute leur ampleur vers le milieu des années 1990, il suffisait, à chaque vacance d’un logement HLM occupé par une famille modeste d’origine française, de privilégier sa nouvelle occupation par une famille d’origine étrangère. Quelle différence ? Les sortants votaient majoritairement pour le PCF alors que les entrants ne disposaient pas du droit de vote. Dès lors, les communes communistes allaient tomber les unes après les autres à partir des élections municipales de 1983.

Pour l’anecdote, il m’a été donné d’entendre un ministre, maire d’une commune, me dire, alors que j’avais en charge l’élaboration de son document d’urbanisme sous la direction de l’État : « Je ne veux plus d’ouvriers dans ma commune, vous allez revoir votre copie ! ». Un autre me disant, alors même qu’il venait de battre un maire communiste : « Je veux que ma commune devienne le second Neuilly du département. »

Question : Cela donne un nouveau sens aux discours sur les immigrés qui viennent « prendre la place » des Français…

Mike : Exactement. L’effet pervers de cette manœuvre, c’est que, sous l’impulsion de discours électoralistes de droite, l’électorat résiduel finit par considérer que les immigrés étaient responsables de tous leurs maux.

Merci encore à Mile Bresson. Questions et mise en forme : Irène Delse.

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