Zemmour maurrassien et prédateur, par André Comte-Sponville

L’hebdomadaire « Challenges » a consacré un dossier à la plus que probable candidature d’Eric Zemmour, dont la photo de couverture en noir et blanc était titrée « Notre Trump » et sous-titrée « Ses mensonges – Ses provocations – Ses relais médiatiques.

Avouons-le, c’est un grand bonheur que de voir la grande presse contribuer à déboulonner l’image « d’homme de grande culture » vendue depuis des années dans tant de médias ; bonheur renforcé aussi quant il s’agit d’un magazine qu’on ne peut qualifier de « gauchiste » – comme aime dénigrer ses adversaires politiques le petit polémiste d’extrême-droite : largement spécialisé dans les secteurs des finances et de l’économie, « Challenges » pourrait en apprendre à celui qui prétend diriger les affaires de la France sans aucune culture dans ces domaines.

Dans ce dossier figure un remarquable éditorial du philosophe André Comte-Sponville, titré « Maurrassien et prédateur ». André Comte-Sponville est un ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm, agrégé de philosophie, auteur de dizaines d’ouvrages et éditorialiste.

Il va droit au début dès le début, que je reproduis ci-dessous.

«De quoi Zemmour est-il le nom ? Tout dépend de qui l’on parle : de lui comme individu, ou bien de son électorat potentiel ? S’agissant de lui, aucun doute : il est clairement le nom (ou l’un des noms) de l’extrême-droite nationaliste, autoritaire, réactionnaire, presque toujours raciste ou xénophobe … Lisez ses livres : vous verrez que Zemmour est au fond un maurrassien , dont l’amour de la France (de préférence d’Ancien Régime) n’a d’égal que son mépris de la République et des droits de l’homme ».

S’agissant de son électorat, André Comte-Sponville écrit que « tout devient plus compliqué ». Je vous invite à lire l’édito complet en vous procurant le journal, mais en résumé il rappelle une évidence : oui, la peur du « grand remplacement » concerne une majorité de Français », oui, il y aura des basculements démographiques, et la peur de la submersion migratoire – lente ou rapide – se retrouve dans toute l’Europe. Mais il conclut ainsi :

« La grande peur des Français ou de 60% d’entre eux n’est pas de ce point de vue une position d’extrême-droite, mais plutôt la prise en compte d’une réalité : que la France prétendument « éternelle » n’est pas immortelle ! Qu’on veuille la défendre, c’est donc légitime. L’erreur, qui pourrait être mortelle, serait de croire que l’extrême-droite y parviendrait mieux que les partis républicains, et la guerre civile mieux que la République. De quoi Zemmour est-il le nom ? De la peur : peur de l’autre, peur de disparaitre. On ne fera reculer l’extrême-droite qu’en rassurant les Français, et par des actes plus que par des paroles ».

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