Les mensonges
d’Eric Zemmour,
15 janvier 2022


Extrait d’un très long article de « L’Obs », réunissant 22 réponses à donner à 22 mensonges d’Eric Zemmour

Le polémiste est désormais « la » figure de l’atmosphère trumpienne de la présidentielle. Cela fait longtemps déjà qu’il a adopté le concept des « faits alternatifs » inventé par l’entourage de l’ancien président américain. (…)

  • « Dans la liste des dix prénoms les plus donnés aux enfants [en Seine-Saint-Denis, NDLR], tous sont musulmans (Mohamed) ou affiliés (Ryan, Ines). » « La France n’a pas dit son dernier mot », (Rubempré), 16 septembre 2021.

Selon la liste établie par l’Insee, en 2020, les dix prénoms masculins et féminins les plus donnés en Seine-Saint-Denis ne sont pas « tous » musulmans ou « affiliés », même s’ils sont majoritaires. Pour les garçons, les deuxième (Adam), quatrième (Isaac) et huitième (Ismaël) sont des prénoms de la Bible dont l’éthymologie est hébraïque. Pour les filles, le prénom le plus donné, Lina, a des origines grecque, latine et arabe. Il a commencé à être fréquemment attribué dans les pays anglo-saxons au XIXe siècle, et en France depuis les années 1980. Il fait également partie du « top ten » à Paris. Parmi les « Lina » célèbres : la cantatrice italienne Lina Cavalieri (1874-1944), la chanteuse française Lina Margy (1909-1973), les actrices suédoise Lina Leandersson et espagnole Lina Romay (1954-2012). Le quatrième prénom le plus donné en Seine-Saint-Denis, Sofia, était à la mode sous l’Antiquité gréco-romaine et connaît aujourd’hui une diffusion internationale. Le sixième, Jade – le prénom féminin le plus donné en France en 2020, porté notamment par une des filles de Johnny Hallyday –, est d’origine espagnole et se rapporte à la pierre. Inès ne figure pas dans la liste, contrairement à ce qu’écrit Eric Zemmour.

  • « On ne doit rien [aux Afghans, NDLR], c’est eux qui nous doivent. C’est nous qui sommes allés nous battre pour eux, pour leur liberté […]. Les Afghans qui ont travaillé pour l’armée française ne sont pas les harkis. Ils ne se sont pas battus pour nous. Il faut bien remettre les choses à leur place. » « Face à l’info », CNews, 31 août 2021.

Selon le rapport d’une mission parlementaire datant d’avril 2021, il y a eu, durant les treize années de présence militaire française en Afghanistan de 2001 à 2014, 1 067 contrats de supplétifs afghans ou personnels civils de recrutement local (PCRL). Près de la moitié d’entre eux travaillaient comme interprètes pour l’armée française. Certains ont porté les armes. Près de 100 à 150 d’entre eux sont toujours sur place aujourd’hui et en danger de mort.

Durant la guerre d’Algérie, de 1954 à 1962, 200 000 à 400 000 harkis, supplétifs de l’armée française comme les Afghans, ont été recrutés ou enrôlés de force au sein de la population algérienne. La plupart ne l’ont pas fait en soutien de l’Algérie française, mais pour des raisons financières, pour obtenir une protection… Des combattants indépendantistes de l’Armée de libération nationale (ALN), faits prisonniers, ont même été contraints de rejoindre les troupes françaises pour échapper à l’exécution. Les harkis n’avaient pas le statut militaire et travaillaient souvent comme interprètes, cuisiniers ou étaient chargés de l’entretien des montures. Ceux qui combattaient au sens strict du terme n’étaient équipés que de fusils de chasse – et, à partir de 1958, de fusils et pistolets-mitrailleurs –, qui leur étaient retirés hors des opérations.

  • « On ne peut pas obliger [à se faire vacciner contre le Covid-19, NDLR]. […] Il y a d’innombrables textes juridiques qui interdisent la vaccination obligatoire, depuis le serment d’Hippocrate, jusqu’à d’innombrables textes internationaux et de lois – la loi Kouchner de 2002 – qui à chaque fois exigent le consentement libre et éclairé du patient. » « Face à l’info », CNews, 13 juillet 2021.

Plusieurs textes internationaux et nationaux permettent au contraire l’obligation vaccinale. Le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, adopté par les Nations unies le 16 décembre 1966, indique que les Etats devront prendre les mesures nécessaires pour assurer « la prophylaxie et le traitement des maladies épidémiques ». En France, la loi détermine la liste des vaccins obligatoires. Le sérum contre la poliomyélite l’est depuis 1964. Onze le sont désormais pour les enfants, depuis le texte du 30 décembre 2017 qui a ajouté huit vaccins supplémentaires. Les professionnels de santé sont également assujettis à certaines obligations vaccinales, notamment contre l’hépatite B et le Covid-19 (depuis la loi du 5 août 2021, adoptée en urgence par le Parlement). Les personnes qui se rendent ou séjournent en Guyane doivent aussi être vaccinées contre la fièvre jaune.

Certains juristes considèrent que les vaccins contre le Covid-19 étant encore en phase expérimentale, ils sont soumis à la directive européenne de 2001 sur le consentement libre et éclairé face à une expérimentation. D’autres non. Le groupe socialiste, écologiste et républicain au Sénat vient de déposer une proposition de loi « instaurant la vaccination obligatoire contre SARS-CoV-2 » pour toute la population. Elle sera examinée le 13 octobre dans l’hémicycle.

Nathalie Funès et Paul Lonceint
Source : L’Obs, 18 septembre 2021
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